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La ponctuation

LA PONCTUATION

 

Informations théoriques

 

 

1. LES MARQUES D'ORGANISATION DU CONTENU

 

L'organisation du contenu d'un texte est manifestée à différents niveaux par des marques matérielles :

 

·        L'alinéa (c'est-à-dire soit le retrait en début de ligne, soit le passage à la ligne) permet de visualiser le paragraphe, unité textuelle de sens.

 

·        Ensuite apparaissent les signes de ponctuation qui signalent la fin d'une phrase (unité micro-textuelle), le début de la phrase étant signalé typographiquement par la majuscule :

- le point, qui signale la fin d'une phrase verbale déclarative ou impérative.

- le point d'interrogation, qui signale la fin d'une phrase interrogative directe ;

- le point d'exclamation, qui signale la fin d'une phrase exclamative ou impérative ;

- les points de suspension, qui signalent, notamment, l'inachèvement d'une phrase. Nous verrons qu'il est toutefois possible de transgresser les usages normés de ces signes, ou que la norme, elle-même, offre des latitudes d'emploi.

 

·        Enfin, à l'intérieur de la phrase, fonctionnent des signes qui signalent l'organisation des contenus intraphrastiques. Ce sont :

- la virgule, le point-virgule, les deux points ;

- les guillemets, les tirets, les parenthèses, les crochets.

 

Remarque.Certains poètes modernes refusent d'employer les signes de ponctuation. Si certains de ces poèmes sont présentés aux enfants, il suffira de leur expliquer qu'il s'agit d'un choix de l'auteur qui veut marquer ainsi qu'un poème doit «coule,r» comme un flot ininterrompu.

 

 

2. LES SIGNES DE PONCTUATION

 

·      Le point

Il sert, avons-nous dit, à signaler la fin d'une phrase verbale déclarative ou impérative, ou d'une phrase non verbale. En outre, il existe un usage expressif du point, destiné à mettre en relief un constituant de la phrase, tel qu'un complément :

 

« Jaurès, qui lisait et relisait Rousseau, Tolstoï, mais aussi les philosophes allemands en allemand et Homère ou Virgile en latin, nourrissait abondamment ses phrases de références historico-mythico-littéraires. Jusqu'à lasser ses collègues députés ou professeurs. »

 

Guillaume MALAURIE, « Jaurès ou le populisme de l'intelligence »,

                                l'Événement du jeudi, n° 509, août 1994, p. 6.

 

ou une expansion qualificative :

 

« [...] Ils sentent sur eux ce regard humide de chien, cette sangsue assoiffée. Docile, parasite. Humant avec crainte voluptueuse et dégoût. Venant manger dans leur main. Avalant tout. »

Nathalie SARRAUTE, Martereau,

Gallimard, 1953; coll. Folio, 1992, p.24.

 

Ce type de ponctuation pose un problème d'analyse : faut-il traiter ces points comme des marques de limite de phrases, ou passer outre cet emploi stylistique et non grammatical ? En fait, ce n'est pas la ponctuation qui fait la phrase. Ici, on peut poser qu'il ne s'agit pas de prédicats, mais d'expansions du nom mises en valeur par une ponctuation expressive.

En dehors des titres, des slogans publicitaires, etc., la fin d'une phrase déclarative (ou impérative) doit être indiquée par un point, mais un point n'indique pas toujours dans tous les textes la fin réelle d'une phrase.

 

·      Le point d'interrogation

Il peut ne pas indiquer la fin d'une phrase interrogative directe (une phrase contenant une subordonnée interrogative indirecte se termine par un point : « Je me demande où il va. »), mais ponctuer une interrogation à l'intérieur d'une phrase. Dans ce cas, la norme typographique veut qu'on ne fasse pas suivre le point d'interrogation d'une majuscule. Ainsi, dans l'exemple suivant, seul le dernier point d'interrogation clôt la phrase :

« Ils parlaient en français Sirvent avec l'accent espagnol, et l'autre avec un accent presque imperceptible dont je ne parvenais pas à définir l'origine : suisse ? allemand ? luxembourgeois ? Il avait vingt-quatre ans [...] »

 

Patrick MODIANO, Vestiaire de l’enfance, 1989 ; coll. Folio, 1992, p. 17.

La phrase n'est pas close après « suisse ? » parce qu'il s'agit d'une énumération d'hypothèses qui forme un tout illustrant ce qui est dit avant les deux points. Par contre, après « luxembourgeois ?» débute une nouvelle unité syntaxiquement autonome, avec rupture du contenu sémantique. Il n'était toutefois pas impossible d'utiliser ici une ponctuation expressive, en mettant un point après «origine» et une majuscule à chacun des trois adjectifs.

 

·      Le point d'exclamation

Il peut ponctuer une exclamation à l'intérieur d'une phrase. Là également le non-emploi d'une majuscule après ce signe de ponctuation signale que la phrase n'était pas achevée. Ainsi, dans l'exemple suivant, le premier point d'exclamation est intérieur à la phrase, et le second la clôt :

« Ah ! il y avait un très bel air par ici dessus, et, les fonds en bas dessous, quand on les regarde, ça paraît si gros!

Dès qu'on reçut la billette, Marceau pensa tout de suite au chêne du coude de la route. »                                  Jean GIONO, Deux cavaliers de l'orage,

Gallimard, 1965; coll. Folio, 1972, p. 37.

·      Les points de suspension

Ils possèdent diverses valeurs.

- Ils servent à indiquer qu'une phrase, une énumération, est inachevée :

 « - Je dirai...

    - tu ne diras rien. »

Philippe SOLLERS, la Fête à Venise, Gallimard, 1991, p. 121.

- Ils servent à indiquer que le contenu du message ne s'achève pas avec la phrase, mais qu'il faut, au-delà de la phrase et, éventuellement, de ce qui suit, construire le non-dit qui prolonge le message et l'achève réellement :

« - Elle l'a payé une fortune. Tu sais comment elle était... »

J'avais saisi l'allusion. »

Michel DEL CASTILLO, Rue des Archives, Gallimard, 1994, p.28.

 

- Ils servent à indiquer une pause :

 

« Athos, fit-il en réponse à ma question. Il s'appelle Athos. Il possède un pedigree superbe, je te le montrerai. Un chien de pure race, fils d'un champion et d'une championne... Où donc ai-je pu fourrer ce papier ? »

Michel DEL CASTILLO, ibidem.

 

- Entre parenthèses ou entre crochets, ils indiquent une coupure dans un texte cité.

 

·      La virgule

Elle présente cinq emplois principaux.

- Elle sépare les éléments d'une énumération :

 

« Adieu veau, vache, cochon, couvée. »

                                                             LA FONTAINE, « La laitière et le pot au lait »

 

- Elle isole du reste de la phrase un complément, un adverbe, un connecteur, placés en tête de phrase :

 

«Le soir, elle brode ou lit. »

« Evidemment, j'ai été avant-hier très au-dessous de moi-même. »

« En effet, c'est Annie. »

                                                                            COLETTE,la Retraite sentimentale.

 

- Elle isole un constituant à valeur de commentaire ou à valeur explicative :

 

«Alentour, ce pays, que j'aimais déjà, réunit l'âpreté du Mistral […] »

« Frileuse de sommeil, elle se  tenait ce matin sur le perron aux marches disjointes […] »

« Renaud, qui date  d'une époque moins indulgente et moins effrontée, ne s'habitue pas à son fils. »

COLETTE, op. cité

 

- Elle isole une incise :

 

« - J'ai faim, dit-il. »

 

- Elle peut séparer un constituant qui contient une anaphore par ellipse :

 

Florence aime le cinéma. Stéphane, la peinture.

 

D'autres emplois sont possibles, qui fluctuent selon les auteurs, ou les nuances qu'ils veulent exprimer. Par exemple, il n'est pas interdit, dans certains cas, de mettre une virgule avant la conjonction «et ». COLETTE écrit par exemple (op. cit.) :

 

« Il aime plus finement, et de plus loin. »

 

Par contre, elle écrit plus loin :

               

« Qu'il revienne et trouve eh face de lui celle qui cesse de sourire [00'] »

 

Alors qu'il était possible de ponctuer :

 

Qu'il revienne, et trouve en face de lui celle qui cesse de sourire.

Ou :

 

Qu'il revienne et trouve, en face de lui, celle qui cesse de sourire.

 

Voire :

 

Qu'il revienne, et trouve, en face de lui, celle qui cesse de sourire.

 

selon l'effet recherché. Il est donc des emplois fortement codés de la virgule, et d'autres qui le sont beaucoup moins. On constate, en particulier, que certains auteurs ont plus tendance que d'autres à multiplier les virgules au sein de la phrase.

 

·      Le point-virgule

Il sépare deux parties d'une phrase, dont l'une au moins contient une virgule. Il exhibe en fait une hiérarchie des composants, à un certain niveau, de la phrase :

 «Candida devenait, sinon célèbre, à tout le moins connue. On jouait une pièce d'elle, sur une scène parisienne importante ; elle publiait un livre en Argentine, un pamphlet hargneux et vindicatif contre la France, à qui elle ne pardonnait pas son internement à Rieucros, en 1940 ; elle collaborait à la radio et à la télévision. Or du jour au lendemain, elle s'enterrait dans l'entresol de la rue Portefoin [...] »

 

Michel DEL CASTILLO, op. cit., p. 116-117.

 

L'auteur a réalisé une longue phrase, composée de trois membres séparés par des points-virgules. Il est vrai qu'il aurait pu faire trois phrases. Mais les points-virgules, n'arrêtant pas la phrase, permettent de créer une unité de contenu (les multiples activités de Candida forment un tout, sont simultanées, alors que leur mise en mots les linéarise : des points auraient accentué le phénomène, en l'absence de connecteurs appropriés). Cette illustration du contenu de la phrase précédente « Candida... ») sous forme d'une seule phrase très longue s'oppose plus fortement à la suite (l'arrêt brutal de ces activités). On voit également que si l'auteur avait utilisé des virgules à la place des points-virgules, la structure hiérarchique de la phrase n'apparaîtrait plus aussi nettement.

On utilise également le point-virgule dans certaines formes d'énumération, pour marquer que l'énumération n'est pas terminée.

 

·      Les deux points

Ils servent à annoncer:

- une citation, ou un discours rapporté au style direct, généralement après un verbe de communication (dire, déclarer ; demander ; murmurer, s'écrier, etc.) ;

- l'élucidation, l'explicitation d'un propos antérieur, sous forme d'explication, d'analyse, de synthèse... ou d'exemple :

 « La fille qui a tiré sur lui a vu clair à travers son délire : elle a déchargé son révolver non pas sur la décadence pourrie, mais sur un monde nouveau, un monde où l'artiste devient enfin ce qu'il est depuis les grottes de Lascaux, et depuis toujours : le critère absolu. »

 

Philippe SOLLERS, op. cité, p.81.

 

Dans cette phrase, les deux points annoncent chaque fois l’explicitation de ce qui est dit précédemment. Notons que nous avons ici une transgression de la norme qui veut qu'on n'enchaîne pas les deux points à l'intérieur d'une même phrase. Notons également que les deux points n'ont pas toujours bonne presse : certains enseignants, dans le second degré en particulier, ont souvent tendance à censurer, dans les copies de leurs élèves, les deux points qui n'annoncent pas une citation ou un discours rapporté au style direct, comme facilité évitant une mise en mots plus élaborée.

Ponctuer correctement une phrase implique une triple compétence : compétence d'analyse de la structure syntaxique, compétence d'analyse de la structure sémantique, celle-ci correspondant largement à celle-là, mais pouvant s'en distinguer partiellement (cf. l'exemple de Colette, «Qu'il revienne, etc. ») et compétence d’analyse des modalités énonciatives (modalités déclarative, interrogative, injonctive, exclamative). Au-delà, les jeux possibles avec la ponctuation impliquent une compétence (méta) linguistique plus poussée. L'école élémentaire doit faire acquérir aux enfants l'usage correct du point, les principaux emplois de la virgule et l'usage des deux points, au moins pour annoncer un discours rapporté au style direct. L'usage du point-virgule ne pourra être maîtrisé que beaucoup plus tard (est-il sûr que beaucoup d'adultes, même cultivés, maîtrisent son usage ?).

 

 Les autres signes de ponctuation (les guillemets, les tirets, les parenthèses et les crochets) sont souvent davantage des marques d'opérations énonciatives que des indicateurs de structure linguistique.

 

·      Les guillemets et les tirets

Les guillemets et les tirets servent, dans un discours rapporté au style direct, à indiquer le changement de locuteur, soit que l'on passe de l'énonciation du narrateur à celle d'un personnage (et inversement), soit que l'on passe de l'énonciation d'un personnage à celle d'un autre personnage. Il existe deux types de codage.

Le premier consiste à utiliser des guillemets ; seuls, s'il s'agit de délimiter un discours rapporté au style direct au milieu d'un contexte narratif; en combinaison avec des tirets s'il s'agit d'un dialogue, l'ouverture et la fermeture du dialogue étant signalées par des guillemets, et les changements de locuteur au sein du dialogue, par des tirets. Ces deux cas de figure se trouvent dans l'exemple suivant:

Sur un cintre, enfin, dans un coin, l'unique complet de Félix, trois chemises usées, un peu de linge.

« Tu as compris, n'est-ce pas ? dit-il avec un rire étrange. Elle avait tout, moi, rien. Mais je l'ai voulu. Je ne vivais que par elle. »

Je faillis hurler de rage. [...] Que pouvait-elle faire de toutes ces toilettes, elle qui ne voyait personne ? Quelle chimère ces chapeaux coiffaient-­ils ?

« On ne peut pas les donner, dis-je brutalement. Il faudrait les désinfec­ter.

-Tu crois ? C'est qu'il y en a pour une fortune. Elle achetait toujours ce qu'il y avait deplus cher.

-C'est la loi », mentis-je.

Déjà j'arrachais les robes et les tailleurs de leurs cintres [...].

 

Michel DEL CASTILLO, op. cité, p. 107.

 

Le second consiste à n'utiliser que des tirets, qu'il s'agisse du discours rapporté d'un personnage au milieu d'un récit :

Robinson était peut-être ému, mais il n'en laissa rien paraître.

- Nous allons avoir de la visite, dit-il simplement, raison de plus pour que j'achève ma toilette.

Au comble de l'excitation, Vendredi monta au sommet d'un arbre.

Michel TOURNIER, Robinson ou la vie sauvage, Flammarion, 1971 ;

Gallimard, coll. Folio Junior, 1990, p. 137.

ou d'un dialogue:

- Sais-tu qui je suis ? demanda [Vendredi] -t-ilà Robinson en déambulant majes­tueusement devant lui.

- Non.

-Je suis Robinson Crusoë, de la ville d'York en Angleterre, le maître du sauvage Vendredi !

-Et moi, alors, qui suis-je ? demanda Robinson stupéfait.

-Devine !

Robinson connaissait trop bien Vendredi pour ne pas comprendre à demi-mot ce qu'il voulait.

Michel TOURNIER, op. cit., pp. 101-102.

Dans ces deux derniers cas, seule l'absence de tiret au début de l'alinéa suivant signale au lecteur qu'on est revenu à l'énonciation du narrateur, c'est-à-dire au récit.

- Les guillemets peuvent servir à indiquer les limites d'une citation, annoncée comme telle. C'est là encore un cas de changement d'énonciateur.

- Les guillemets peuvent servir également à signaler qu'un mot, une expression, est emprunté(e) à une autre énonciation, et n'est pas repris(e) à son compte par le locuteur. Il y a là indication d'une polyphonie, d'une mise à distance :

 

Au congrès de la FSU, des enseignants en quête du « moins pire »

 

 Le Monde, samedi 3 février 2007, p. 11.

L’expression « moins pire » n'est pas assumée par le journaIiste-énonciateur, elle est signalée comme ne faisant pas partie de son énonciation, même s'il l'utilise dans son discours (= j'emprunte cette expression à d'autres, mais je ne la fais pas mienne ; ce n'est pas moi qui qualifie de moins pire l’objet de la quête des enseignants de la FSU).

- Les guillemets, enfin peuvent signaler qu'un mot utilisé n'est qu'un à-peu-près, et l'a été faute d'avoir trouvé mieux. Cette pratique est généralement peu appréciée dans l'institution scolaire, qui préfère que les élèves fassent l'effort de trouver le mot «juste» (nous laissons à notre lecteur le soin d'interpréter la valeur des guillemets que nous venons d'utiliser).

·      les tirets, en dehors de l'emploi présenté plus haut, peuvent servir, comme les parenthèses, à isoler dans une phrase un commentaire, une indication, une réflexion de l'auteur (il s'agit là de signaler un changement de plan d'énonciation : entre tirets se trouve exposée une information relevant du second plan) :

 

« Un soir il était une heure après minuit on frappa à la porte […] »

Jean GIONO, op. cité, p. 18.

Il existe également un emploi didactique des tirets, destiné à faire apparaître clairement au niveau textuel différentes composantes d'un contenu organisé sous forme de catalogue de données. C'est l'utilisation qui en est faite dans le présent exposé, en combinaison avec d'autres indicateurs typographiques (1., 2.  ; ou, ailleurs, a) ; A., etc.). Là, les tirets ne sont plus des marques d'opérations énonciatives.

 

- Parfois le tiret est l’équivalent d’un autre signe de ponctuation :

 

« Il y avait à cette époque un nommé Bordier, dit Camp Volant, qui arrêtait les voyageurs sur les routes, depuis Tain jusqu'à la mer avec une bande qui galopait  comme la poudre. »

Jean GIONO, op. cité, p. 12.

 

D'autres auraient peut-être utilisé une virgule à la place du tiret. Ou un point.

D'autres auraient peut-être encadré dit Camp Volant par des tirets au lieu des virgules :

Il y avait à cette époque un nommé Bordier – dit Camp Volant – qui arrêtait les voyageurs sur les routes, depuis Tain jusqu'à la mer. Avec une bande qui galopait comme la poudre.

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