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Le Sujet

LE SUJET

 

QUELQUES INDICATIONS THÉORIQUES

 

La formulation de la question indique que l'identification du sujet n'est pas toujours une opération simple et évidente.

 

·      Pour la grammaire scolaire traditionnelle (sémantique), le sujet est le mot (exception­nellement le groupe de mots) qui fait ou subit l'action exprimée par le verbe, ou qui est le siège d'un état. (Il serait préférable de dire « qui désigne celui ou celle qui fait l’action ou est le siège de l’état exprimé par le verbe »). Il se reconnaît au fait qu'il répond aux questions «Qui est-ce qui ?», « Qu’est-ce qui ? » ou « Qui ? » posées avant le verbe. Par ailleurs, le sujet est le mot (isolé, ou constituant principal du groupe de mots) avec lequel le verbe s'accorde en nombre et en personne.

 

·      Pour la grammaire scolaire formelle, le sujet est un groupe de mots identi­fiable par plusieurs critères :

- son caractère indispensable dans la phrase verbale non impérative ;

- sa place, généralement à la gauche du verbe (exceptions : certaines constructions interrogatives ; phrases commençant par certains adverbes ou locutions adverbiales : « À ce moment-là apparut une femme... ») ;

- le fait qu'il donne au verbe ses marques de personne et de nombre.

- le fait qu'il peut être encadré par c'est...qui(« Ève mange une poire », « c'est Ève qui mange une poire »).

- le fait qu’il peut avoir pour équivalent le pronom  il(s) ou elle(s).

 

ºLes pronoms personnels changent de forme selon leur fonction :je est la forme sujet du pronom personnel de la première personne du singulier, alors que me et moi sont les formes compléments ; de même pour tu / te, toi ; il, elle / le, la, lui; ils, elles/ les, leur (exception : à elle(s), pour elle(s), etc., où elle(s)est une forme homonyme qui commute avec lui, eux) et non avec il(s) : le pronom elle(s) est sujet quand il n'est pas précédé par une pré­position, c'est-à-dire quand il a pour équivalent il(s). Quant aux pronoms nous et vous, leur forme ne varie pas, qu'ils soient sujets ou compléments.

On peut utiliser un équivalent pronominal pour remplacer un sujet non phrastique. Si le sujet est phrastique, c'est-à-dire constitué par une proposition, l'équivalent pronominal est le démonstratif cela ou ça : « Qu'il pleuve en automne est normal », « cela est normal » et non *« il est normal ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sujet

 

Une des phases les plus créatrices de l'histoire de l'humanité se place pendant l'avène­ment du néolithique: responsable de l'agriculture, de la domestica­tion des animaux et d'autres arts. Pour y parvenir, il a fallu que, pendant des millénaires, de petites collectivités humaines observent, expérimentent et transmettent le fruit de leurs réflexions. Cette immense entreprise s'est déroulée avec une rigueur et une continuité attestées par le succès, alors que l'écriture était encore inconnue. Si celle-ci est apparue entre le quatrième et le troisième millénaire avant notre ère, on doit voir en elle un résultat déjà lointain (et sans doute indirect) de la révolution néolithique, mais nullement sa condition. À quelle grande innovation est-elle liée ? Sur le plan de la technique, on ne peut guère citer que l'architecture. Mais celle des Égyptiens ou des Sumériens n'était pas supérieure aux ouvrages de certains Américains qui ignoraient l'écriture au moment de la découverte. Inversement, depuis l'invention de l'écriture jusqu'à la naissance de la science moderne, le monde occidental a vécu quelque cinq mille années pen­dant lesquelles ses connaissances ont fluctué plus qu'elles ne se sont accrues. On a souvent remarqué qu'entre le genre de vie d'un citoyen grec ou romain et celui d'un bourgeois européen du XIII° siècle, il n'y avait pas grande différence. Au néolithique, l'humanité a accompli des pas de géant sans le secours de l'écriture ; avec elle, les civilisa­tions historiques de l'Occident ont longtemps stagné. Sans doute concevrait-on mal l'épanouissement scientifique du XIX' et du XX' siècle sans écriture. Mais cette condition nécessaire n'est certaine­ment pas suffisante pour l'expliquer.

Si l'on veut mettre en corrélation l'apparition de l'écriture avec certains traits caractéristiques de la civilisation, il faut chercher dans une autre direction. Le seul phénomène qui l'ait fidèlement accompa­gnée est la formation des cités et des empires, c'est-à-dire l'intégra­tion dans un système politique d'un nombre considérable d'individus et leur hiérarchisation en castes et classes. […]

Il existe cependant des exceptions à la règle: l'Afrique indigène a possédé des empires groupant plusieurs centaines de milliers de sujets; dans l'Amérique précolombienne, celui des Incas en réunissait des millions. Mais, dans les deux continents, ces tentatives se sont montrées également précaires. On sait que l'empire des Incas s'est établi aux environs du XII" siècle; les soldats de Pizarre n'en auraient certainement pas triomphé aisément, s'ils ne l'avaient trouvé, trois siècles plus tard, en pleine décomposition. Si mal connue que nous soit l'histoire ancienne de l'Afrique, nous devinons une situation ana­logue : de grandes formations politiques naissaient et disparaissaient dans l'intervalle de quelques dizaines d'années. Il se pourrait donc que ces exemples vérifiassent l'hypothèse au lieu de la contredire.

 

Claude LÉVIE-STRAUSS, Tristes tropiques, Plon, 1955, pp 343-344

 

Dans les phrases soulignées, relevez les sujets en indiquant les critères de reconnaissance mis en œuvre.

 

CORRIGÉ

 

 

 

 

·        « Une des phases les plus créatrices de l'histoire de l'humanité se place pendant l'avènement du néolithique. »

 

- Du point de vue sémantique, on peut poser la question: «Qui est-ce qui se place ?» et on répondra: «Une des phases les plus créatrices de l'histoire de l'humanité. »

 

- Du point de vue formel, on constate que le pronom personnel «elle» est l'équivalent pronominal de tout le groupe «une des phases les plus créatrices de l'histoire de l'humanité» : «Elle se place pendant l'avènement du néolithique.»

 

Ce groupe apparaît donc comme le sujet. On peut vérifier en outre qu'il se trouve à la gauche du verbe, qu'il est indispensable (*«Se place pendant l'avènement du néolithique.» n'est pas une phrase), qu’il peut être encadré par «c’est... qui»: «C’est une des phases les plus créatrices de l'histoire de l'humanité qui se place pendant l’avènement du néolithique.»

On constate enfin que le verbe s'accorde avec son constituant principal «une» (sujet grammatical), la suite : «des phases les plus créatrices de l'histoire de l'humanité», étant une expansion, un complément de «une». Quel que soit le point de vue adopté, «une des phases les plus créatrices de l'histoire de l'humanité» apparaît comme le GN sujet du verbe. Ce cas n'était pas problématique, hormis peut-être le repérage des limites du groupe.

 

·        « Mais celle des Égyptiens ou des Sumériens n'était pas supérieure aux ouvrages de certains Américains qui ignoraient l'écriture au moment de la découverte. »

 

Cette phrase contient deux verbes conjugués : «était» et «ignoraient».

 

L'application des mêmes critères que pour l'analyse précédente fait apparaître que «celle des Égyptiens ou des Sumériens» est le sujet du verbe «être».

 

 Quel est le sujet du verbe «ignoraient» ? Il convient de remarquer que ce verbe se trouve dans une subordonnée relative, introduite par le pronom relatif «qui», proposition qui est l'expansion du groupe «certains Américains», comme pourrait l'être un adjectif qualificatif.

Le pronom relatif «qui» est le substitut de «certains Américains» (on dit qu'il a pour antécédent «certains Américains»). Sa forme indique sa fonction : « qui » est sujet (dans la mesure où il n’est pas précédé d’une préposition – à qui, pour qui, etc.), comme « que » est C.O.D. et « dont », C.O.I. ou Ct de nom.

 

·        «  Il existe cependant des exceptions à la règle. »

 

Si l'on pose la question «qu'est-ce qui existe ?» on ne peut évidemment pas répondre «il», mais bien «des exceptions à la règle». Toutefois «existe» ne s'accor­de pas avec «exceptions», mais avec «il». On dit que le verbe «exister» est employé à la forme impersonnelle (ou unipersonnelle), que «il» est le sujet apparent et que «des excep­tions à la règle» est le sujet réel.

On peut dire également que «il», qui occupe la place du sujet et qui indique la personne du verbe, mais qui ne fait ni ne subit aucu­ne action, qui n'est le siège d'aucun état (puisqu'en fait «il» ne remplace, ne repré­sente rien) que «il», donc, dans ce type de construction, est une forme grammatica­le de sujet, alors que «des exceptions à la règle», qui n'est pas le sujet grammatical, puisqu'il n'occupe pas la place du sujet et que le verbe ne s'accorde pas avec lui, est le sujet sémantique, puisque du point de vue du sens, ce sont bien les exceptions qui existent.

On peut dire également que «des exceptions à la règle» est la suite du verbe impersonnel «Il existe ».

 

·        « Il se pourrait donc que ces exemples vérifiassent l’hypothèse au lieu de la contredire. »

 

Cette phrase contient deux verbes conjugués : «se pourrait» et «vérifiassent».

 

Le verbe «se pouvoir» est un verbe pronominal unipersonnel. On pourra conduire le même type d'analyse que dans l'exemple précédent, et dire que «il» est le sujet apparent (ou une forme grammaticale de sujet) et la subordonnée complétive (on dit également subordonnée substantive) «que ces exemples vérifiassent l'hypothèse au lieu de la contredire», est le sujet réel (ou sujet sémantique, ou suite du verbe unipersonnel).

 

Dans la subordonnée complétive, «ces exemples» est sujet de «vérifiassent», comme permet de le constater l'application des critères sémantiques et formels pré­sentés plus haut.

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