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Le Verbe

LE VERBE

 

Quelques indications théoriques

 

 

Le verbe est la catégorie grammaticale la plus complexe morphosyntaxiquement. On peut opérer un classement des verbes selon plusieurs critères :

 

·        Critères morphologiques 

 

- où l’on retrouve les trois groupes traditionnels, selon la marque flexionnelle d’infinitif (et éventuellement de participe présent) :

G1 : infinitif en « -er » (dont le verbe « aller » !)

G2 : infinitif en « -ir » + participe présent en « -issant »

G3 : tous les autres cas

 

- où l’on trouve la distinction entre verbes pronominaux (s’abstenir, se souvenir, se taire, etc.) et verbes non pronominaux (parler, finir, savoir, etc.). Mais un verbe non pronominal peut s’employer à la forme (à la voix) pronominale (se regarder, se parler, s’écrire, etc.)

 

·        Critères syntaxiques

 

-verbes unipersonnels (on dit aussi impersonnels ou avalents) : ce sont des verbes sans GN sujet, ni GN complément, qui ne s’emploient qu’à la personne 3, avec une forme pronominale « il » qui occupe la place du sujet et constitue la marque antéposée de personne (il pleut, il neige, etc.). On peut « forcer » l’absence de valence en ajoutant un GN, mais de façon très limitée (Il pleut des cordes).

 

-verbes intransitifs (ou monovalents) : ils ont un GN sujet, mais ne construisent pas de compléments (aboyer, dormir, marcher, récidiver, se taire, s’enfuir, etc.). On peut toutefois « forcer » la valence de certains de ces verbes, dans des formules relativement figées (dormir sa nuit, courir un cent mètres)

 

-verbes transitifs (ou bivalents) :

         directs : le complément est construit sans préposition (mangerGN, regarder GN, se rappeler GN, etc.). L’expression de ce complément essentiel, dit d’objet direct, n’est généralement pas obligatoire (« Que fais-tu ? – Je mange. – O.K., dépêche-toi. »).

         indirect : le complément est construit avec une préposition (obéir à GN, penser à GN, ressembler à GN, rêver de GN, se souvenir de GN, etc.). Comme dans le cas précédent, ce complément essentiel, dit complément d’objet indirect, n’est pas toujours obligatoire (Il faut obéir, Il est toujours en train de rêver au lieu de travailler).

 

- verbes doublement transitifs (ou trivalents) ; ils construisent deux compléments (écrire quelque chose à quelqu’un, raconter quelque chose à quelqu’un, parler de quelque chose à quelqu’un, etc.). Là encore, ces compléments (dits d’objet premier et d’objet second) peuvent ne pas être exprimés (Elle écrit une lettre.  Elle écrit à ses parents. « Que fais-tu ? – J’écris. – O.K., dépêche-toi ! »).

 

- certains ajoutent à cette liste les verbes attributifs, qui construisent un attribut et non un complément (être, sembler, devenir, paraître, rester, demeurer.). L’attribut peut être un adjectif, le complément, non. Orthographiquement, l’attribut s’accorde dans la grande majorité des cas avec le sujet, le complément, non.

 

·        Critères sémantiques

 

- on distingue les verbes d’état(attributifs, cf. supra) et les verbes d’action. Mais tous les verbes dits d’action n’expriment pas une action (comprendre, croire, dormir, entendre, recevoir, sentir, voir,  etc.).

 

- on peut distinguer également, en recourant à la notion d’aspect :

les verbes imperfectifs (aimer, regarder, durer, parler, vivre, etc.), qui ne contiennent pas l’idée de limitation du procès qu’ils expriment. Exemple marcher : on peut marcher à l’infini, on peut s’arrêter et reprendre aussitôt sa marche, car le procès est prolongeable indéfiniment.

les verbes perfectifs (naître, mourir, casser, ouvrir, fermer, etc.), qui contiennent l’idée de limitation du procès qu’ils expriment. Exemple sortir : une fois qu’on est sorti, le procès est arrivé à son terme, on ne peut continuer à sortir.

 

·        D’autres critères peuvent être ajoutés, en particulier au niveau du discours (de l’emploi) : forme/voix (active/passive), temps, mode, personne, aspect accompli/inaccompli, etc. Mais ces critères ne se situent pas au même niveau que les précédents.

 

 

 

Exercice

Le verbe

 

L'accès à l’écrit relève d'une tradition pédagogique qui semble avoir toujours privilégié la lecture aux dépens de l'écriture. En effet, on a longtemps séparé les deux apprentissages (lire d'abord, écrire après) et lorsqu'on les a conjoints on ne s'est soucié que d'apprendre à orthographier sans jamais se poser vraiment la question d'une didactique de la production de texte. On pense volontiers qu'il suffit de savoir lire pour savoir écrire et, de plus, que récriture suppose un don, voire une grâce, qu'aucun apprentissage ne saurait conférer. […]

Certes, on connaît mal, aujourd'hui encore, les processus qui sont à l'œuvre lorsqu'un enfant écrit un texte. Mais de nombreux travaux convergent déjà pour éclairer les rapports qui se nouent lors de cette activité entre les stratégies générales de « mise en mots » (cohésion des énoncés, des relations de phrase à phrase, gestion des anaphores, etc.). On sait aussi comment le passage d'une activité verbale orale à une activité verbale écrite suppose que l'enfant apprenne à ne plus s'appuyer, dans son discours, sur le contexte concret qui l'entoure (les objets ou les événements dont il parle, ses interlocuteurs) mais, au contraire, à créer, par son langage, d'autres contextes, d'autres événements. Le récit semble bien être, à cet égard, une étape décisive entre langage oral et langage écrit même si ce dernier ne saurait être réduit à cette seule forme. Enfin, il convient de rappeler que, à l'oral comme à l'écrit, l'enfant structure son langage et sa langue dans un dialogue permanent avec le langage et la langue de ses interlocuteurs et qu'à cet égard, aucune leçon de langage ne saurait remplacer des situations réelles de communication.

Jean-Claude CHEVALIER, Réflexions sur l'Enseignement du Français,

CDDP du Maine et Loire, 1983, p 85.

 

Classez les verbes contenus dans ce texte en précisant les critères retenus

 

Corrigé

 

 

 

Pour classer les verbes contenus dans ce texte, nous utiliserons d’abord la distinction morphologique traditionnelle en trois groupes d’après les modèles de conjugaison scolaire et la distinction sémantique en verbes d’état et verbes d’action. Toutefois nous n’utiliserons pas le terme action, car nombre de verbes ainsi étiquetés n’expriment pas d’action (voir, entendre, dormir, respirer, etc.). Nous dirons simplement autres verbes.

 

Parmi ceux-ci, nous distinguerons les verbes pronominaux (ou construits pronominalement) des verbes non pronominaux. Les verbes pronominaux et non pronominaux seront classés en fonction de leur construction (impersonnelle, intransitive, transitive directe, transitive indirecte et doublement transitive). Nous avons préféré ce classement en discours plutôt que le classement en langue, qui aurait compliqué l’analyse.

 

Nous indiquons entre parenthèses le nombre d’occurrences de chaque verbe (que nous reproduisons sous sa forme infinitive).

 

Groupes 

Aucun verbe dans ce texte n’appartient au groupe 2. Un certain nombre appartiennent au groupe 3 :

être, suffire, convenir, lire (2), écrire (3), conjoindre, savoir  (6),connaître, écrire, apprendre (2),

réduire (passif). Tous les autres verbes appartiennent au groupe 1

Verbes d’état / autres verbes

Ce texte contient deux verbes d’état : sembler (2) et être. (toutefois, semblerpeut être considéré ici comme un modal ou un semi-auxiliaire, selon les grammairiens). Tous les autres ne sont pas des verbes d’état.

 

 

Construction

 

 

 

Verbes non pronominaux

 

 

Constr / Verbes pronominaux

 

Constr/V impersonnel

 

 

suffire, convenir

 

 

Constr intransitive

 

 

orthographier, converger,  lire (2), écrire (2)

 

 

se nouer

 

 

 

 

Constr transitive directe

 

privilégier, séparer, penser, supposer (2), conférer, éclairer, entourer, créer

rappeler, structurer, remplacer, conjoindre, savoir (6),

 connaître, écrire (un texte)

 

 

 

Constr transitive indirecte

 

 

Relever, parler, apprendre (2),

réduire (passif)

 

 

se soucier, s’appuyer

 

 

Constr doublement transitive

 

-

 

se poser (la question)

 

 

Commentaires 

 

Les verbes du 1er groupe sont les plus nombreux, ainsi que les verbes construits directement. La plupart sont des verbes transitifs directs. Mais Séparer, conférer, rappeler,écrirepeuvent être doublement transitifs (séparerGN1 de GN2 ; conférer, rappeler, écrire GN1 à GN2) ; penser, transitif indirect (penser à GN).

 

On peut noter que parmi les verbes à construction indirecte, relever peut être un verbe transitif direct (relever une erreur), voire doublement transitif (relever quelqu’un de ses fonctions). Apprendreest, en langue, un verbe transitif direct, ou doublement transitif (apprendre GN1 à/de GN2). La construction indirecte est due ici au fait que le complément est un infinitif.

 

Se soucier et s’appuyer sont construits avec des compléments indirects (se soucier d’apprendre ; s’appuyer sur le contexte) ; se nouer, sans complément Ce sont de verbes pronominaux (essentiellement pronominaux). se poser est une forme  pronominale réfléchie. Ce verbe est construit avec un double complément (poser la question à soi).

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