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Les compléments

LES COMPLÉMENTS

 

QUELQUES INDICATIONS THÉORIQUES


 

u   Depuis un siècle environ, la grammaire scolaire distingue les compléments d'objet et les compléments de circonstance à l'aide de définitions sémantiques (ce sur quoi porte l'action exprimée par le verbe / ce qui indique les circonstances de l'action), et d'un système de questions posées après le verbe :

 

§      les compléments qui répondent aux ques­tions « qui ? » ou «quoi ? » (V + qui ou quoi) ou « que ? » (que + V) sont des compléments d'objet directs (parce que construits sans préposition) ;

 

§      ceux qui répondent aux questions « à qui ? » « à quoi ? » « de qui ? » ou « de quoi ? » sont des compléments d'objet indirects (parce que construits avec une préposition) ;

 

§      ceux qui répondent à d'autres questions (« où ? », « quand ? », « comment ?», «pourquoi?», « combien ? », « avec qui ? », « avec quoi ? », etc.) sont des compléments de circonstance, qui apportent des informations variées (lieu, temps, manière, cause, nombre, accompagnement, moyen, etc.).

 

On a fabriqué ainsi depuis le début du siècle plus d'une trentaine de compléments de circons­tance. Il serait trop long ici d'exposer les défauts de ce type d'analyse. On se souvien­dra simplement des problèmes que posait souvent la recherche de la bonne question, puis de l'angoisse dans laquelle on se trouvait plongé, une fois la question choisie, pour décider de la réponse qui correspondait à la question. Ou bien on se demandera s'il faut rire lorsqu'on apprend que dans « ils sont sortis par gros temps », « par gros temps » est un complément de conditions atmosphériques...

 

u   Aujourd'hui, c'est le point de vue formel (morphosyntaxique) qui est privilégié. De ce point de vue, on reconnaît un complément au fait qu'il peut être encadré par « c'est...que » :

 

Le soir se lève la lune. > C’est le soir que se lève la lune.

 

II existe des exceptions : « Quant à lui, nous verrons. », par exemple, ne peut donner lieu à ce procédé: *« C’est quant à lui que nous verrons. »

 

Sur des bases formelles, on distinguera :

 

§       les compléments qui ont pour équivalents des pronoms personnels (le, la, les, lui, leur, en, y) de ceux qui n'en ont pas : les premiers sont des compléments d'objet, les autres des compléments de circonstance (ou circonstanciels).

 

§       Mais tous les compléments de circonstance n'ont pas le même statut syntaxique :

 

- certains sont indispensables, d'autres non. Dans une phrase telle que « Florence habite à Paris », à Paris est un complément de circonstance qui indique le lieu, mais qui en outre est indispensable pour que la phrase en soit une : *« Florence habite. » n'est pas une phrase. Ce type de complément est un complément circonstanciel de verbe : le verbe habiterse construit avec un complément circonstanciel de lieu qui doit être obligatoirement exprimé.

 

Remarque 1 : Un complément d'objet - qui est également un complément de verbe- n'est pas forcément indispensable (ou essentiel, comme disent certaines grammaires) :

 

Élodie mange.

 

 est une phrase, bien que le complément d'objet ne soit pas exprimé.

 

Remarque 2 : II ne faut pas confondre en et y, pronoms personnels, avec en et y adverbes. Les premiers ont pour équivalents de cela, de lui, d'elle, à cela, à lui, à elle, etc. ; les seconds,de là, là, là-bas.

 

Il en parle = il parle de cela (ou de lui, d’elle, etc.) : pronom personnel.

Il en vient = il vient de là (ou de là-bas) : adverbe.

Il y pense = il pense à cela (ou à lui, à elle, etc.) : pronom personnel.

Il y va = il va (ou là-bas) : adverbe.

 

Les compléments qui ont pour équivalents en et y pronoms personnels sont des compléments d'objets indirects ; ceux qui ont pour équivalents en et y adverbes sont des compléments circonstanciels.

 

Florence habite à Paris = Florence y habite = Florence habite là-bas

 

à Paris est un complément circonstanciel.

 

Dans d'autres cas (les plus nombreux), le complément circonstanciel n'est pas impli­qué par le verbe : son emploi ne dépend que du contenu que l'on veut exprimer. Ainsi, l'emploi du verbe laver n'implique pas l'utilisation d'un complément circonstanciel :

 

Il lave sa voiture.

 

Mais on peut utiliser ce type de complément en fonc­tion de ce que l'on veut dire :

 

Il lave sa voiture / tous les samedis / dans la rue / avec l'éponge de la vaisselle/ etc.

 

C'est ce qui conduit à dire que ce type de complément n'est pas obligatoire. (Attention : quand une phrase a été réalisée, elle signifie quelque chose, et tout dans la phrase est obligatoire du point de vue du sens : dire qu'un consti­tuant est facultatif, c'est se placer strictement du point de vue morphosyntaxique). Les grammaires scolaires actuelles appellent généralement ce type de compléments des compléments de phrase. Contrairement aux compléments de verbe, le complément de phrase n'a généralement pas de place prédéterminée dans la phrase :

 

Tous les matins, il promène son chien.

Il promène, tous les matins, son chien.

Il promène son chien tous les matins.

 

Remarque 3 : l’appellation « complément de phrase » est critiquable : le « complément de phrase » est dans la phrase, alors que les compléments de verbe, de nom ou d’adjectif sont obligatoirement extérieurs au verbe, au nom ou à l’adjectif. Il conviendrait mieux de parler de complément circonstanciel du noyau de la phrase.

 

La place du complément de circonstance n'a pas d'effet sensible sur le sens référentiel de la phra­se. Toutefois, dans certains cas, cette place est sémantiquement déterminante. Il n'est que de comparer :

 

(1) Selon vos instructions, il a tout rangé.

(2) Il a tout rangé selon vos instructions

 

La phrase (1) signifie « Vous lui aviez donné l'ordre de tout ranger, et il l'a fait. » La phrase (2) possède également ce sens (sens 2a), mais peut également signifier « Vous lui aviez dit de tout ranger d'une certaine façon, et c'est ainsi qu'il l'a fait. » (sens 2b). On constate que le sens 2b ne peut être obtenu que si le complément de circonstance est placé à la droite du groupe verbal : là, la place est déterminante pour le sens. Certains appellent ce type de complément circonstanciel, dont l'emploi n'est pas impliqué a priori par le verbe, mais dont la place est sémantiquement déterminée, complément circonstanciel du groupe verbal. On constate que dans les productions réelles, les compléments circonstanciels de verbe et les compléments circonstanciels de syntagme verbal sont plus rares que les compléments circonstanciels du noyau de la phrase, qui possèdent, en particulier, la possibilité de se trouver en tête de phrase.

 

La place du complément circonstanciel est toutefois importante du point de vue informatif. Selon qu’il constitue un élément du thème (généralement, en tête de phrase) ou du rhème (dans la seconde partie de la phrase), l’information fournie n’est pas la même :

 

(1) : Fin 2005, les jeunes des banlieues se sont révoltés.

(2) : Les jeunes des banlieues se sont révoltés fin 2005.

 

(1) dit ce qui s’est passé fin 2005 ; (2) localise temporellement la révolte des jeunes des banlieues.

 

 

 

 


Les compléments d’objet

 

Existe-t-il une pédagogie de la lecture littéraire ? Dans une conférence dont rendent compte deux articles parus dans la revue Les Actes de lecture (Retz) et la Revue des livres pour enfants, n° 95, fév.-mars 84, Margaret Meek rappelle que les auteurs et les artistes, même s’ils écrivent pour les enfants, ne se fixent pas d’emblée un but pédagogique et ne prétendent pas «enseigner» ; «ils offrent tout simplement aux enfants la totalité de ce qu’ils ressentent». Si, enfant, on se «forme» au contact d'œuvres d’imagination, c’est parce que celles-ci ont la particularité de réunir en même temps une diversité de langages, de niveaux d’intérêt, de points de vue qui seraient contradictoires dans tout autre discours. Au cours des années, et tout en lisant, les enfants se familiarisent ainsi avec le monde de la littérature (catégories de personnages encore inconnus, déroulements variés d’intrigues différentes), affinant leur intuition quant à l’issue du récit, apprenant peu à peu à remplir les sous-entendus d’un texte, à se situer malgré les ruptures chronologiques, à assimiler les règles d'un genre.

Les bons écrivains, certes, sont ceux qui savent suggérer qu’«il y a des histoires à l'intérieur de l'histoire», et aussi qu’un livre fait appel à la connaissance d’autres livres. Du même coup l’on comprend qu’une pédagogie de la lecture ne concerne pas seulement l’enfant à l’âge de l’apprentissage, mais tout un chacun tout au long de son existence. Gœthe disait : «On apprend à lire toute sa vie.»

La réalité du statut du lecteur est, comme on le voit, des plus complexes. Et on comprend qu’aucun apport purement technique, alphabétique ou autre, ne peut combler l’abîme qui sépare celui qui lit (enfant ou adulte) de celui qui ne lit pas. Margaret Meek montre que le dialogue avec le monde des livres ne dépend pas d’une technique proposée de l’extérieur mais «de la puissance d’un capital questionneur d’écrit», et que c’est ce capital qui forge sa technique.

 

Bernadette CROMER, Marlise WEISS, Lire, tome 2 : Être lecteur

 

 

Dans ce texte, étudiez les compléments d’objet

 

 

CORRIGÉS


 

LES COMPLÉMENTS D’OBJET

 

 

Pour étudier les compléments d’objet, nous distinguerons les compléments d’objets directs, les compléments d’objet indirects, et les compléments d’objet seconds. Dans chaque cas, nous classerons les compléments selon leur catégorie grammaticale.

 

 

1. Les compléments d’objet direct

·      Nominaux

- (ne se fixent pas d’emblée) un but pédagogique

- (ils offrent tout simplement aux enfants) la totalité de ce qu’ils ressentent

- (celles-ci ont) la particularité de réunir en même temps une diversité de langages, de niveaux d’intérêt, de points de vue qui seraient contradictoires dans tout autre discours

- (réunir en même temps)une diversité de langages, de niveaux d’intérêt, de points de vue qui seraient contradictoires dans tout autre discours

- (affinant) leur intuitionquant à l’issue du récit

- (remplir) les sous-entendus d’un texte

- (ne concerne pas seulement) l’enfant à l’âge de l’apprentissage, mais tout un chacun tout au long de son existence : nous avons ici deux COD coordonnés par la conjonction de coordination mais

- (qui forge) sa technique

 

·      Pronominaux

- (Si, enfant, on) se(«forme») : on n’a pas affaire ici à un verbe pronominal (comme se familiariser), ainsi que le montre nettement la mise entre guillemets de forme.

- (comme on) le(voit)

- (qui sépare) celui qui lit (enfant ou adulte) (de celui qui ne lit pas) : le pronom démonstratif reçoit ici une expansion par subordonnée relative, le tout recevant une expansion par apposition nominale.

 

·      Verbaux à l’infinitif

- (ne prétendent pas) «enseigner»

- (apprenant peu à peu) à remplir les sous-entendus d'un texte, à se situer malgré les ruptures chronologiques, à assimiler les règles d'un genre : nous avons ici trois COD juxtaposés. Problème : ils sont construits avec une préposition (à). Mais le verbe apprendre est un verbe transitif direct (on apprend quelque chose) ou doublement transitif (on apprend quelque chose à quelqu’un). C’est une particularité de l’infinitif de se construire prépositionnellement, dans un certain nombre de cas, alors qu’il est COD…

- (Gœthe disait : «On apprend) à lire  (toute sa vie.) : même cas que le précédent.

 

·      Phrastiques (complétives)

- (Margaret Meek rappelle) que les auteurs et les artistes, même s’ils écrivent pour les enfants, ne se fixent pas d’emblée un but pédagogique et ne prétendent pas «enseigner» 

- (l’on comprend) qu’une pédagogie de la lecture ne concerne pas seulement l’enfant à l’âge de l’apprentissage, mais tout un chacun tout au long de son existence

- (on comprend) qu’aucun apport purement technique, alphabétique ou autre, ne peut combler l’abîme qui sépare celui qui lit (enfant ou adulte) de celui qui ne lit pas

- (Margaret Meek montre) que le dialogue avec le monde des livres ne dépend pas d’une technique proposée de l'extérieur mais «de la puissance d'un capital questionneur d’écrit», et que c’est ce capital qui forge sa technique. Deux subordonnées complétives, coordonnées par la conjonction de coordination et.

 

·      Phrastiques (Discours rapporté au style direct)

- (Gœthe disait :) «On apprend à lire toute sa vie.»

 

 

2. Les compléments d’objet indirect

·      Nominaux

- (ne dépend pas) d’une technique proposée de l'extérieur mais «de la puissance d’un capital questionneur d’écrit» : on a ici deux COI, construits avec la préposition de, et coordonnés par la conjonction de coordination mais

- (un livre fait appel) à la connaissance d’autres livres : le problème est de savoir s’il faut considérer appel comme un COD de faire, à la connaissance d’autres livres  étant alors un complément de nom de appel ; ou si l’on doit considérer faire appel comme une locution verbale. Nous considérons faire appel comme une locution verbale, et à la connaissance d’autres livres comme un COI de cette locution verbale.

 

·      Pronominaux

- (une conférence) dont(rendent compte) : le problème est, là aussi, de savoir s’il faut considérer compte comme un COD de rendent, dont étant alors un complément de nom de compte, ou si l’on doit considérer rendre compte comme une locution verbale (correspondant au composé nominal compte rendu), et faire de dont le COI de cette locution verbale. C’est cette solution que nous avons retenue comme plus satisfaisante.

 

 

3. Les compléments d’objet seconds

·      Nominaux

(ils offrent tout simplement) aux enfants (la totalité de ce qu’ils ressentent) : la totalité de ce qu’ils ressentent est un COD ; aux enfants, le COS

 

·      Pronominaux

- (ne) se (fixent pas d’emblée un but pédagogique) : un but pédagogique est un COD ; se, le COS (= à eux-mêmes), complément indirect malgré l’absence de préposition. Nous n’avons pas affaire ici à un verbe pronominal

- (l’abîme qui sépare celui qui lit (enfant ou adulte)) de celui qui ne lit pas : celui qui lit (enfant ou adulte) est un COD ; de celui qui ne lit pas, le COS, construit avec la préposition de, et dans lequel le pronom démonstratif reçoit une expansion par subordonnée relative.



LES COMPLÉMENTS CIRCONSTANCIELS

 

Recensement (travail au brouillon)

 

Ce passage contient neuf compléments circonstanciels, que l'on peut identifier

·                  soit par le jeu des questions,

·                  soit par :

- l'encadrement avec «c'est... que» quand le verbe est conjugué (ce sont des compléments),

- et le constat qu'ils n'ont pas pour équiva­lents des pronoms personnels (ce sont des compléments de circonstance).

·                  Résultat :

« en 1989 » ; «dans les bibliothèques publiques» ; «dans les crèches» ; «avec des paniers de livres» ; «pendant que l'adulte raconte une histoire» ; «à leur disposition» ; «avec les livres» ; «grâce au livre» ; «progressivement».


1. Classement syntaxique

 

·      Six de ces compléments de circonstance ont le statut de compléments de phra­se (ou plutôt du noyau phrastique) : « en 1989 », «dans les bibliothèques publiques », «avec des paniers de livres», «pendant que l'adulte raconte une histoire», «grâce aux livres», « progressivement ». En effet ces compléments, néces­saires au sens à transmettre, ne le sont pas pour que les phrases puissent apparaître comme achevées. En outre la place de ces compléments n'était pas prédéterminée syntaxiquement ou sémantiquement.

 

·      Les trois autres compléments («dans  les crèches», «à leur disposition», «avec les livres») sont des compléments circonstanciels de verbe, parce que leur présence est obligatoire pour que les phrases soient achevées.

 

(Notons que «Des puéricultrices et des bibliothécaires spécialement formées se rendent.» peut apparaître comme une phrase achevée, mais le verbe «se rendre» est alors un autre verbe que le verbe de mouvement : or il ne s'agit pas de reddition dans ce texte !)

 

2. Classement sémantique

 

·      Compléments circonstanciels de lieu :

- dans les bibliothèques publiques

- dans les crèches

 

·      Compléments circonstanciels de temps :

- en 1989

- pendant que l'adulte raconte une histoire

 

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