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Les connecteurs

LES CONNECTEURS

 

 

QUELQUES INDICATIONS THÉORIQUES

 

·      Selon une définition minimale, les connecteurs sont des unités qui appartiennent à la phrase, mais dont le rôle est interphrastique (ils concernent la relation entre deux phrases, ils fonctionnent au niveau de la micro-organisation textuelle). Du point de vue formel, ce sont des mots ou des groupes de mots placés généralement en tête de phrases, qui n'ont aucun rapport syntaxique avec le reste de cette phrase. Du point de vue sémantique ou énonciatif, les connecteurs servent à indiquer explicitement des rapports entre les contenus des deux phrases, rapports qui peuvent être de type :

 

- temporel : puis, alors...

- énumératif : d’abord, ensuite, enfin

- spatial : plus loin, dehors...

- argumentatif : opposition : mais,toutefois, par contre... ; complémentation : et, d’ailleurs, de plus… ; explication : pour cela, de cette façon...

- méta-discursif (ou reformulatif ) : c'est-à-dire, par exemple...

 

En explicitant les rapports de contenu entre deux phrases, les connecteurs établissent une continuité sémantique qui fait que la suite des phrases sera perçue comme un tout homogène, un continuum, et non comme une série segmentée d'unités phrastiques. Les connecteurs contribuent à ce que l'on peut appeler « l'effet texte ».

 

Le concept de connecteur ne définit pas une classe grammaticale : mais est une conjonction de coordination et pourtant est un adverbe. Mais tout en restant conjonction de coordination et adverbe, ils jouent le rôle de connecteurs, ils servent à établir des rapports spécifiques entre les contenus des phrases.

 

º   Quelles sont les catégories grammaticales qui peuvent fournir des unités pour jouer le rôle de connecteur ? On retient généralement :

- les conjonctions de coordination : et, mais, car, donc, etc.

- certains adverbes : soudain, aussitôt, enfin, cependant, toutefois, etc.

- des locutions : en effet, quand même, malgré tout, dès lors, le lendemain, etc.

- et parfois desgroupes prépositionnels : à ce moment, à huit heures, sur la gauche, etc.

 

 

·      A côté du connecteur interphrastique, certains reconnaissent des connecteursintraphras­tiques, qui signalent des relations sémantiques à l'intérieur du cadre de la phrase (c'est là une extension de la notion de connecteur que l'on peut discuter) :

 

(1) On est en juin, mais il fait froid.

(2) Quand il fait froid, il faut se couvrir.

 

On ajoutera donc à la liste précédente les conjonctions de subordination. Les connecteurs intraphrastiques articulent deux propositions. Si ce sont, par exemple, des noms qui sont reliés (le bon, la brute et le truand), on ne parlera pas de connecteur.

 

 

·      D'autres retiennent des connecteurs textuels (ou organisateurs textuels), qui ne signalent pas des relations entre des phrases, mais entre des parties d'un texte (niveau de la macro-organisation textuelle). Prenons un exemple simple. Les phrases suivantes sont tirées du conte de Grimm «Rainponce » et sont présentées dans le désordre :

 

(3) Il erra, désormais aveugle, dans la forêt, se nourrissant de fruits  sauvages et de racines.

(4) II était une fois un mari et sa femme qui avaient désiré avoir un enfant.

(5) Sur le premier moment, Rainponce fut très épouvantée en voyant qu'un homme était entré chez elle.

 

Il serait facile de dire que la phrase (4) ouvre le conte, que la phrase (5) se situe forcément quelque part au milieu du conte, et que la phrase (3) clôt le conte, ou en clôture une séquence. Quels sont les éléments qui permettent d'avancer ces réponses ? Évidemment, Il était une fois, formule d'ouverture d'un conte ; désormais, qui annonce une clôture ; et Sur le premier moment qui marque que quelque chose d'important vient de se passer, et qui annonce l'existence d'une suite (un «second moment »). Ce sont des marques de ce type, qui expriment l'ouverture, signalent des articulations importantes du contenu textuel, en indiquant leur nature (temporelle, spatiale, logique, etc.), préviennent d'une fin prochaine, qui constituent ce que l’on appelle des organisateurs textuels.

 

Exemples de connecteurs textuels :

 

- Temporels : il était une fois (en  ce temps-là, un jour...) / soudain(tout à coup, subitement, à ce moment-là...) / enfin (finalement, désormais...).

 

- Énumératifs :d’abord… / puis (et, alors, ensuite, de même...) / enfin

 

- Spatiaux : devant/ derrière / plus loin / au loin; en haut / au milieu / en bas...

 

-Argumentatifs ou explicatifs : tout d'abord (premièrement, pour commencer, avant toute chose….) / ensuite (par ailleurs, d'autre part, d’ailleurs..) / par contre (inversement, mais, toutefois, pourtant...) / par conséquent (ainsi, c'est pourquoi, donc, en tout cas...).

 

Remarque : un même connecteur peut se trouver dans plusieurs catégories sémantiques (d’abord, ensuite, etc.). Son affectation se fera en fonction du type de texte (énumération d’actions dans un texte narratif ; organisation des arguments dans un texte argumentatif).

 


Les connecteurs (1)

 

 

Le texte ci-dessous, écrit par un élève de CM1, est le résumé du film Un gorille dans la brume. L’orthographe et la ponctuation ont été respectées.

 

Diane par en Afrique au flanc du motocomba et se prépare pour faire des photo elle a sorti sont appareil a photo tout à coup un gorille Effraya. Diane puis elle se recroqueville puis elle fait un festin de feuilles. Pour que le gorille croit que ses un singe elle a sorti sont magnétophone et le gorille s’arrêta de l’attaquer elle a pris la protetion des animaux. Puis les braconniers sont venus Pour chasser les singes et les gorilles puis en l’attrapa puis en la tuer.

 

 

Dans ce texte d’élève, vous étudierez l’emploi des connecteurs

 

 

 

 

 

CORRIGÉ 1

 

Pour étudier l’emploi des connecteurs dans ce texte d’élève, nous distinguerons le niveau textuel (où fonctionnent les organisateurs textuels), et le niveau local (la ponctuation souvent aléatoire du texte ne permet pas toujours de distinguer les relations intertextuelles et intratextuelles).

 

¨     Niveau textuel : Pas de marqueur d’ouverture, ni de marqueur de clôture. Tout à coup pourrait être considéré comme marqueur d’organisation textuelle, annonçant l’émergence d’une nouvelle phase du récit (irruption d’un nouveau personnage hostile, et traitement de la situation). Mais l’enchaînement avec le connecteur puis rompt la construction inférentielle d’une séquence narrative étendue à partir de ce tout à coup pour faire, en première approche, du segment tout à coup un gorille l’effraya la simple relation d’un événement ponctuel sans ouverture de perspective narrative (comparer avec : Tout à coup un gorille effraya Diane. Elle se recroquevilla, puis fit un festin de feuilles […]). Ce n’est que par le traitement sémantique de la suite du texte que le lecteur peut reconstruire une unité narrative s’étendant jusqu’à s’arrêta de l’attaquer. Notons encore que cette séquence narrative n’est pas bornée par un marqueur, si bien que la suite elle a pris la protection des animaux se présente comme une continuité événementielle de même niveau, alors que l’on passe d’une série d’actes particuliers à une action de portée générale. On pourrait imaginer là l’emploi d’une formule du type À partir de ce jour.

On trouve dans ce texte un second organisateur textuel : Puis (les braconniers) qui ouvre une autre séquence textuelle.

En résumé, absence de marqueurs d’organisation textuelle, sauf tout à coup, malmené par le connecteur suivant et Puis.

 

¨     Niveau local (inter- ou intraphrastique) : ainsi que nous l’avons déjà indiqué, le statut de connecteur interphrastique (versus intraphrastique) n’est pas toujours très nettement perceptible. Plutôt que de se livrer à des acrobaties délicates et/ou périlleuses,  on passera outre cette distinction. Il importera surtout de relever l’utilisation massive du connecteur puis (4 fois), et secondairement de et (2 fois : et se prépare ; et le gorille s’arrêta. Nous considérons que dans les singes et les gorilles, on a affaire à une simple conjonction de coordination, et non à un connecteur). On relèvera également le connecteur pour que (à l’évidence intraphrastique) qui marque un but.

Pauvreté quant à la diversité des connecteurs dominants (puis, et) : utilisation des connecteurs fréquents dans les récits oraux.

Puis marque dans ce texte la succession chronologique (nous ne reviendrons pas sur le premier emploi indésirable de puis). Ce que ne fait pas et  dans le premier cas (Diane par en Afrique […] et se prépare […]), il ne s’agit pas d’une succession d’actions, mais d’un ajout d’information. Dans le second cas (elle a sorti son magnétophone et le gorille s’arrêta […]), le connecteur marque la conséquence (= si bien que) : il s’agit d’un connecteur à valeur argumentative.

 

En conclusion : Quasi-absence de marqueurs d’organisation textuelle, même lorsque leur présence s’imposait. Emploi important, mais peu diversifié de connecteurs locaux. Emploi maladroit de l’un d’entre eux. Du point de vue des connecteurs, ce texte fonctionne davantage comme une production orale que comme une production écrite. Cette performance peut être considérée comme relativement faible pour un élève de CM1.


Les connecteurs (2)

 

L'oral est d'abord un moyen de communiquer dans toutes les disciplines scolaires ; cet aspect a souvent occulté les autres. Il suffisait de construire des situations de communication motivantes pour qu'en parlant, les élèves progressent. L'oral est apparu aussi comme une modalité de travail alternative, récréative, avec moins de travaux à corriger - et le risque de débordement que l'on sait. L'oral est par ailleurs une modalité de l'évaluation : participation en classe, examen oral, dont on n'enseigne pourtant pas les règles implicites.

 

Il s'agit aussi de considérer l'oral comme objet d'enseignement, sans réduire la compétence langagière orale à la langue, c'est-à-dire au type de langue parlée par l'école et les enseignants, assimilée à la norme, donc à la langue écrite. Les linguistes nous ont appris que langue écrite et langue orale diffèrent, composées chacune de variétés.

 

Comme à l'écrit, il s'agit pour l'élève de comprendre les enjeux et les contraintes des différentes situations scolaires pour accomplir la tâche langagière requise. On a pu parler du français comme discipline transversale. Il faut le penser tel pour l'oral, non seulement comme mode de communication, mais aussi comme discours spécifique : émettre des hypothèses, expliquer, justifier ne se fait pas de la même façon en sciences ou en lecture de texte.

 

L'oral est encore le moyen de construire sa pensée. L'écrit permet à la pensée de s'accomplir, mais l'oral est peut-être encore plus fondamentalement lié à la pensée en construction, à la mise en place de démarches intellectuelles. C'est l'oral réflexif ou l'oral pour apprendre. La didactique des sciences préconise de permettre aux élèves de verbaliser leurs idées, de confronter leurs conceptions pour construire les savoirs. L'objectif est au final que ce travail dans l'échange permette une intériorisation. La parole de l'enseignant joue un rôle fondamental dans la construction de savoirs : laissant l'espace sonore aux élèves, guidant de sa parole la pensée et la formulation de chacun.

 

Enfin le dernier niveau de l'oral est de permettre de construire sa personne sociale, son identité. Et c'est un risque. L'enfant qui parle au groupe classe existe ainsi en tant que personne et que futur citoyen, mais il s'expose. L'écoute s'éduque comme le travail en groupes, fondé sur l'échange et le partage de la parole.

 

Mais pour parler, il faut d'abord en avoir envie : les projets en sont le cadre privilégié. Lorsqu'un projet se met en place, il fait alterner des phases d'écrit et d'oral, comme mode de communication, mais aussi dans les objectifs. Si pour les besoins d'une saynète en CE l, les élèves négocient pour bâtir leur scénario, ils travaillent sur des savoirs qui seront transférés dans une production d'histoire écrite. Les écrits constituent par ailleurs des points d'appui pour les interventions orales (exposés, interviews, etc.). Le tout contribue à construire une compétence langagière globale, au service des autres domaines du savoir.

 

Catherine LE CUNFF,  « Écrit-oral : solidarité ou conflit »,

Cahiers Pédagogiques, n° 400, janvier 2002

 

 

Dans ce texte, étudiez les connecteurs (et les organisateurs textuels).

 

CORRIGÉ 2

 

 

 

Pour traiter cette question, nous distinguerons organisateurs textuels, connecteurs interphrastiques et connecteurs intraphrastiques. Un connecteur doit relier au minimum deux propositions : nous ne retiendrons pas comme connecteurs les conjonctions qui relient, par exemple, deux groupes nominaux (« avec moins de travaux à corriger - et le risque de débordement que l'on sait »). Nous classerons les résultats obtenus dans un tableau, que nous commenterons ensuite.

 

 

 

 

 

Organisateurs textuels

 

 

Connecteurs interphrastiques

 

Connecteurs intraphrastiques

 

 

Énumératifs

 

 

 

(L’oral est) d’abord

(Il s’agit) aussi

(L’oral est) encore

Enfin (le dernier)

 

 

(l’oral est apparu) aussi

(L’oral est) par ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

Argumentatifs

 

opposition

 

Mais (pour parler)

 

 

 

mais (l’oral)

mais (il s’expose)

 

 

 

complémentation

 

 

Et (c’est un risque)

(Les écrits constituent) par ailleurs

 

 

 

autres

 

 

 

Si (pour les besoins)

pour qu’ (en parlant)

 

 

Reformulatifs

 

 

 

c’est-à-dire (au type)

 

 

Temporels

 

 

 

Lorsqu’ (un projet)

 

 

 

 

Commentaire

 

·     On peut d’abord remarquer que les organisateurs textuels et les connecteurs ne sont pas systématiquement placés en début de phrase.

 

·     Les organisateurs textuels énumératifs signalent les quatre parties principales de ce texte, consacrées aux différents rôles que peut jouer l’oral (l’oral comme outil pédagogique ; l’oral comme objet d’enseignement ; l’oral comme outil de la construction de la pensée ; l’oral comme outil de construction de la personne sociale).  Un cinquième organisateur, argumentatif cette fois, introduit une nouvelle problématique : comment faire pour que l’oral fonctionnent en classe. On peut donc noter un emploi important des organisateurs textuels, ce que l’on peut considérer comme la manifestation d’un souci de guidance du lecteur.

 

·     Nous avons relevé deux types de connecteurs interphrastiques. Les énumératifs apparaissent dans le premier paragraphe. On peut remarquer que aussi s’articule sur l’organisateur textuel d’abord, si bien que celui-ci entre dans deux réseaux : celui des organisateurs textuels évoqués ci-dessus, et celui des connecteurs interphrastiques qui lui succèdent dans ce paragraphe. Les deux autres connecteurs, isolés dans leur contexte, marquent des complémentations (ou des additions). Les connecteurs interphrastiques sont peu nombreux, mais cette économie n’est pas gênante pour la lecture.

 

·     Les connecteurs intraphrastiques sont essentiellement de type argumentatif (au-delà de l’opposition, nous avons classé siet pour que dans « autres » afin d’éviter une sous-catégorisation sémantique non forcément pertinente) ; restent, de façon marginale, un connecteur reformulatif et un connecteur temporel.

 

 

Conclusion

 

L’emploi massif d’organisateurs textuels et de connecteurs de type énumératif et argumentatif caractérise ce texte comme un texte argumentatif, avec une dimension didactique marquée.

 

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