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Les fonctions de l'adjectif

LES FONCTIONS DE L’ADJECTIF

 

Quelques indications théoriques

 

 

·     Sémantique

 

L’adjectif qualificatif ne renvoie pas à une classe d’objets, mais indique:

- soit une qualité, une propriété du référent désigné par le nom actualisé : «Un homme franc », « le plomb est lourd »

- soit une relation: « la fête nationale ». « nationale» établit une relation entré la fête et la nation : une fête nationale est une fête de la nation, une fête qui concerne la nation.

Remarque.Un même adjectif peut appartenir aux deux catégories :

(1) Le discours présidentiel a été très applaudi.

(2) Il a fait un discours présidentiel.

Dans (1) «présidentiel » exprime une relation (= « du président ») ; dans (2), une qualité (= « digne d'un président », « comparable à un discours de président »).

 

 

·    Syntaxe

 

Dans le GN, le qualificatif, constituant facultatif, se place généralement à droite du nom (adjectifs longs) :

(3) Un collègue sympathique

Certains d'entre eux se placent plutôt à gauche du nom (adjectifs courts) :

(4) Un grand appartement

D'autres peuvent se placer à gauche ou à droite, sans différence sémantique notable (La diffé­rence relève de l'expressivité) :

(5) Un terrible affaire/ une affaire terrible

Mais il est des cas où la place de l'adjectif est signifiante sémantiquement, l'antéposition donnant à l'adjectif une valeur subjective, alors que la postposition lui conserve sa valeur objective. Il n'est que de comparer :

(6) Un grand homme 1 Un homme grand.

 

·    Fonctions de l'adjectif qualificatif.

 

- À l'intérieur d'un GN, l'adjectif qualificatif est épithète :

(7) Les parents mécontents ont occupé l’école

- Il peut, dans un GV avec verbe d'état, un verbe attributif, voire avec d’autres types de verbe, être attribut du sujet :

(8) Vers la fin, l’histoire devient intéressante.

- et avec un GN complément, attribut du complément d'objet. :

(9) Elle a trouvé la fin de l’histoire intéressante

- En outre, il peut être apposé (mis en apposition) :

(10)  Mécontents, les parents ont occupé l'école.

(11) Les parents, mécontents, ont occupé l'école

 

º   L’adjectif qualificatif épithète (7) n'est pas séparé du nom à l'écrit par un signe de ponctuation, alors que l'adjectif mis en apposition (10) et (11) en est séparé par une virgule et peut être antéposé.

Dans (7), l'épithète constitue une expansion déterminative (=« ceux des parents qui étaient mécontents »), alors que dans les exemples (10) et (11), elle constitue une expan­sion appositive, à valeur explicative (= « parce qu'ils sont mécontents»).

 

º   Remarque : L'épithète peut être appositive :      

(12) Un petit chat est mort.

 

 

LES AUTRES ADJECTIFS

 

Sont également adjectifs le numéral ordinal(premier, vingtième, etc.), le participe passé dans certains cas, l’adjectif verbal (qui s’accorde en genre et en nombre avec le nom) :

 

(13) Les activités ménagères, épuisant la femme, doivent être partagées dans le couple (participe présent)

(14) Les activités ménagères, épuisantespour la femme, doivent être partagées dans le couple (adjectif verbal).

 

 

Exercice

Les fonctions de l’adjectif

 

Si l'on peut trouver du plaisir dans le fait d'apprendre à lire, ce n'est certainement pas parce que c'est facile ; c'est parce que l'on entrevoit vers quoi nous mènent les efforts que l'on consent à faire. Le labeur qu'exige la patiente et nécessaire découverte des mécanismes du code écrit trouve sa justification dans la promesse affichée d’une lecture responsable : on saura respecter les mots d'un autre en y associant ses images singulières ; on acceptera la loi du texte sans renoncer à lui imposer la sienne. Mais, pour accéder à ce qu’on peut appeler la « probité de lecture» - source privilégiée de plaisir intellectuel -, encore faut-il avoir appris à identifier les mots avec précision et à saisir avec exactitude l'organisation des phrases et des textes. Si l’on ne domine pas les conventions du code, on ne sera jamais un lecteur heureux ; car, mieux on maîtrise les règles qui lient notre lecture à l'écriture d'un autre, plus facilement on s'en libère sans craindre de trahir. Et c’est ainsi que l’on se donnera l'illusion splendide que le sens jaillit de notre esprit sans que le texte y soit pour grand chose. […]

La lucidité d'un enfant apprenant à lire dépend […] de la clarté dans laquelle a baigné son apprentissage du langage oral. Cette prise de conscience des enjeux de la lecture n’est ni solitaire ni ponctuelle. Cela n’a rien à voir avec l'eurêka. La lecture, comme le langage, dévoile ses charmes à qui les découvre à son rythme avec l’aide attentive d'un autre. L’autre vient-il à manquer, les hypothèses faites par l'enfant sur le «à quoi ça sert ?» et le «comment ça marche ?» resteront alors lettre morte. Personne n’en signifiera la validité ou l’erreur et l’enfant, abandonné à lui-même, nouera avec la lecture des malentendus souvent définitifs.

 

Alain BENTOLILA, Le propre de l’homme : parler, lire, écrire,

éd. Plon, 2000, p 165

 

Indiquez la fonction grammaticale des adjectifs (ou des groupes adjectivaux) contenus dans ce texte. Dans le cas des adjectifs épithètes, indiquez s’ils ont une valeur explicative ou déterminative.

 


CORRIGÉ

 

 

Nous avons retenu dans ce texte, outre les adjectifs qualificatifs, les participes passés fonctionnant comme adjectifs (ce qui n’est pas le cas de « les hypothèses faites par l’enfant », où, du fait de la présence d’un complément d’agent, l’on a visiblement affaire à une structure passive, et donc à un participe passé à valeur verbale). Nous ne considérons pas les déterminants comme des adjectifs (sa justification, sonapprentissage : déterminant possessif ; cette prise de conscience : déterminant démonstratif).

Nous classerons les différentes fonctions dans un tableau, en marquant d’un astérisque les cas problématiques.

 

 

 

Épithète

 

 

Attribut du sujet

 

Apposé

 

 

 

Explicative

(ou appositive)

 

- (la) patiente (et) nécessaire (découverte)

- (la promesse) affichée

- (source) privilégiée

- (l’illusion) splendide

- (l’aide) attentive

- (des malentendus) souvent définitifs*

 

 

- (c’est) facile*

- (cette prise de conscience… n’est ni) solitaire (ni) ponctuelle

 

- (l’enfant,) abandonné à lui-même

 

 

 

déterminative

 

- (ses images) singulières

- (de plaisir) intellectuel

- (du code) écrit

- (un lecteur) heureux

- (du langage) oral

 


- (d’une lecture) responsable

- (pour) grand (chose)*

- (lettre) morte

 

 

 

Cas problématiques

- Souvent définitifsest un groupe adjectival, l’adjectif étant qualifié par l’adverbe souvent

- grand-chose : locution figée, dans laquelle l’adjectif ne s’accorde pas avec le nom

- c’est facile : l’adjectif est attribut du pronom neutre c’, qui a pour antécédent le fait d’apprendre à lire

 

Commentaires

Dans ce texte, la fonction épithète domine largement. Les épithètes appositives sont légèrement plus nombreuses que les déterminatives. Nous avons séparé les épithètes déterminatives en deux sous-catégories :

1. celles qui déterminent une extension, et dont la suppression entraînerait une modification sémantique plus ou moins importante : ainsi, il existe deux codes, deux formes de langage, oral et écrit, et il est nécessaire, selon le contexte, de spécifier de quoi il s’agit. Ce n’est pas la même chose d’être un jour un lecteur ou un lecteur heureux.

2. celles dont la suppression rendrait la phrase agrammaticale ou inacceptable à des degrés divers :

(?) la promesse affichée d’une lecture

*y soit pour chose

* resteront alors lettre

On peut noter qu’un certain nombre d’adjectifs épithètes ont une valeur subjective (patiente, splendide, attentive, heureux), ce qui donne à ce texte une coloration plus didactique que scientifique (Bentolila est un linguiste)..

 

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