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Analyser une production d'élève

EXERCICE  2

 

 

Dans le texte suivant (début CE2) étudiez :

  1. la morphologie verbale
  2. les problèmes de cohérence

 

 

Il [Lapinou] vue les chasseurs, il cria ausecour, ausecour leur parent se dise, quisqui cri comme sa ont dirait la voit de lapinou si ont allait voir dehors, et c'est soeur, et frère, leur parent sinquitére si il savait trouver les chasseur Voila leur inprinte on les suivi regarde un fusil c'est le fusil des chasseur peut être quil se sont fait tuer, lapinou tu nous sa fait une de c'est peur [...].


EXERCICE 2 : Corrigés


1. Morphologie verbale 

 

 

·    Réussites

 

Présent : c’est, (se) sont

Passé simple : cria

Imparfait : allait

Conditionnel : dirait

Impératif : regarde

Infinitif : voir, tuer

Participe passé : fait (2 fois)

 

·    Erreurs partielles

 

Concernent le morphème de personne :

- p3 : cri_, suivi_ ; p6 : *(se) dise_, *sinquiétére_, *savait

 

·    Erreurs totales

 

Morphèmes de temps et de personne : passé simple : il vu + e

Morphème de mode : infinitif pour participe passé : *trouver

 

·    Problème

 

- comment traiter « (tu nous) sa(fait) » ? Il y a là une erreur de traitement graphique de la liaison (oral : [ty nu za fe] ), qui aboutit à produire une forme de déterminant possessif au lieu d’une forme verbale.

(Inversement, des déterminants possessifs (« (et) c’est (sœur) », « (une de) c’est (peur)) et un pronom indéfini (ont (dirait)) sont transcrits comme des formes verbales. Mais ce type d’erreur ne relève pas de la question posée, la morphologie verbale.)

 

 

·    Remarques

 

*se disent : il n’y a pas au présent de marque de temps. Une erreur sur le morphème de temps devrait donc être considérée comme une erreur totale. Mais dans le cas présent, il y a variation de la base selon la personne (di- / dis-). Cette variation relève de la morphologie de ce verbe. La forme longue a bien été utilisée. Il y a donc réussite sur ce point.

 

*sinquiétére : absence de la marque générale de personne 6 (-nt), mais réussite de la marque de temps (si on néglige l’erreur d’accent) é, et d’une partie de la marque de personne 6 au passé simple (-re-). Ce à quoi il convient d’ajouter l’erreur de segmentation qui concerne la forme pronominale du verbe.

*savait : la marque d’imparfait (ai-) est correcte, par contre l’élève a utilisé la marque de personne 3 au lieu de la marque de personne 6. Nous ne considérons pas cette fois que l’erreur de segmentation relève de la morphologie verbale. Il s’agit là encore d’une erreur de traitement graphique de la liaison : [ilzave].

 

*trouver : si savait était réellement le verbe savoir, l’infinitif serait juste : les parents voudraient-ils savoir trouverles chasseurs (pour retrouver leur progéniture) ?


Conclusion

 

10 réussites ; 7 erreurs, où sont impliquées 6 fois les marques de personne (4 fois par omission), où l’erreur concernant le morphème de temps du passé simple ne peut être reprochée, et où l’emploi de l’infinitifs est peut-être pardonnable. On peut considérer qu’il s’agit d’une assez bonne performance pour un début de CE2.


2. Cohérence


La distinction cohérence / cohésion reste à l’heure actuelle problématique, aussi bien chez les linguistes que chez les grammairiens. Certains réfèrent la cohérence au discours et la cohésion au texte. D’autres, la cohérence à l’adéquation du texte à la réalité et la cohésion à la vérité intrinsèque du texte. D’autres encore lient la cohérence à une vision statique du texte, et la cohésion à une vision dynamique. D’autres enfin préfèrent ne pas opérer cette distinction. C’est cette dernière attitude que nous adopterons ici.

 

Pour conduire cette étude, nous partirons des problèmes de sémantisation, pour en chercher les causes dans l’organisation de la mise en mots textuelle.

 

·       Le problème majeur que pose ce texte est de savoir qui est en danger : un ou plusieurs lapereaux ?

 

-        Le texte contient des marques d’unicité pour désigner le personnage en danger : personne 3 des verbes dont il est sujet (il vue, il cria) au début ; personne 2 dans le discours rapporté au style direct dont il est le destinataire (tu nous sa fait) à la fin.

 

-        Mais il contient également des marques de pluralité pour le même type de désignation : relations anaphoriques marquées par le déterminant possessif leur (parent) qui présuppose un référent au pluriel ; verbes à la personne 6 (si il savait [= s’ils avaient], il se sont fait), après la mention et c’est sœur, et frère, qui apparaît d’ailleurs comme un non construit syntaxique, donc un segment difficilement intégrable dans une organisation sémantique.

Ainsi, au début et à la fin, seul Lapinou semble être le héros confronté à un danger. Entre temps, ses frère et sœur semblent également concernés. Mais le lecteur ne peut réussir à rétablir là une cohérence.

 

·       Autres problèmes d’identification de personnages, liés

 

-        soit à une mauvaise maîtrise de l’anaphore pronominale : quel est l’antécédent de il (si il savait trouver les chasseur) : Lapinou avec ses sœur et frère, ou les parents eux-mêmes [s’ils savaient] ? quel l’antécédent de on (les suivi) ? quel est l’antécédent de il (quil se sont fait tuer) : les chasseurs ou les lapereaux ?

 

-         soit à l’emploi du déterminant : quel est le référent de leurinprinte : Lapinou avec ses sœur et frère, ou les chasseurs ?

 

C’est le lecteur qui est sans cesse obligé de construire les relations anaphoriques correctes, en dépit parfois du contexte, pour donner au texte sa cohérence.


Conclusion

 

Deux niveaux dans les problèmes de cohérence : celui où le lecteur peut trouver une solution ; celui où les problèmes demeurent. Performances faibles pour un CE 2, même en début d’année.

 

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